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Les médias sociaux – Je suis fan. J’ai un blog, je suis un utilisateur de facebook, je tweet quotidiennement et j’adore tous les outils et ressources complémentaires. Cependant, lorsqu’un phénomène social et technologique tourne à l'adoration, il faut prendre des pincettes. Cette semaine, je dois présenter l’utilisation de médias sociaux à Zurich aux dirigeants de diverses entreprises européennes de haut vol, leur en présenter les bons aspects, comme il est tout aussi important d’en présenter les mauvais aspects. J’adhère totalement au tweet de Nick Shackleton-Jones, “Lorsque la marée monte, mieux vaut enfiler son maillot de bain que de s’enfouir la tête dans le sable”, mais il est également rationnel pour certains de préférer la prudence pour avancer en terrain inconnu. Le Vatican lui-même disposait d’un cabinet chargé de se faire l’avocat du diable dans le cadre de la canonisation, alors avant de doter les médias sociaux du statut de sainteté, considérons certains de leurs aspects obscurs.

Objection 1 : le Mutisme des Foules

Nous avons d’une part les ‘constructivistes’, incapables d’assembler deux phrases lorsqu’on leur demande ce que cela signifie en termes de psychologie réelle. Il y a d’autre part les défendeurs absolus du ‘social learning’ qui considèrent toute formation comme sociale (ridicule) et ne distinguent pas la part de perte de temps qui peut en découler, notamment lorsque les solutions proposées ne sont pas les plus simples. La plus grande partie de ma formation productive s’est déroulée de manière totalement solitaire et j’ai passé beaucoup trop de temps dans ma vie à me perdre dans des contextes sociaux verbeux et inutiles tels que des cours de formation, des classes d’enseignement, des salles de conférences, pour apprendre peu, voir pas du tout.

Tout est question d’équilibre, et non de croyance aveugle dans une théorie sociale globale et floue. Il s’agit de considérer un ensemble d’approches incluant le social learning, mais sans exclure un apprentissage ciblé, solitaire. La lecture, l’écriture, la réflexion et la mise en pratique profonde supposent un isolement des autres et ne passe pas par des salons de chat.

Objection 2 : Les Armes de la distraction massive

Les employés et les apprentis peuvent se retrouver englués dans l’improductivité car les médias sociaux sont scotchants, séduisants et attractifs. De nombreux parents se sont retrouvés confrontés à la grande quantité de temps passé par leurs enfants sur Facebook et Twitter, au lieu d’être en train d’étudier ou de faire leurs devoirs. Au travail,  il est très facile de contourner les tâches que vous n’avez pas envie de réaliser en vous échappant sur un chat social.

Premièrement, si vous êtes inquiet, contrôlez l’utilisation, ce que font déjà de nombreuses entreprises. Cela permet de maîtriser l’utilisation excessive, mais l’adoption d’une politique reste la meilleure solution. Ajoutez simplement quelques mots à votre politique RH concernant l’utilisation excessive des médias sociaux dans un cadre non lié à l’entreprise. Enfin, quoi qu’il en soit, sur le lieu de travail, les employés doivent faire l’objet d’une certaine confiance.

Objection 3 : Confidentialité, diffamation & harcèlement

De nombreuses organisations ont fait l’expérience d’un usage naïf, voir malveillant des médias sociaux. Il existe une crainte réelle face au danger de fuite d’informations confidentielles et aux dommages possibles causés à une réputation. Il existe aussi les phénomènes de diffamation et de harcèlement subis par certains individus, qui ont pu donner lieu à des complications inextricables au niveau RH et à des procédures légales.

Pour être honnête, je pense que ces craintes sont un peu exagérées, mais qu’elles doivent néanmoins faire l’objet d’une attention particulière. Une fois encore, adoptez une charte, pointez les risques de divulgation par inadvertance d’informations et expliquez le comportement à adopter vis-à-vis des autres. Pour être clair, ces quatre mots devraient suffire ‘ne soyez pas idiot !’

Objection 4 : Non-alignement

Dans cette enquête, moins de 18% des décisionnaires au sein de 100 des 500 meilleures entreprises du Royaume Uni (par chiffre d’affaires), pensent que le Service Formation est aligné avec les objectifs commerciaux. Il n’est pas toujours évident d’affirmer que les médias sociaux résolvent ce problème, car ils peuvent encourager le détournement vis-à-vis d’une tâche, un lien menant à un autre et que tout un chacun est guidé non par des objectifs mais par des intérêts. Cela peut être pire que le simple phénomène de ‘l’arbre qui cache la forêt’, les médias sociaux peuvent être si aléatoires, fragmentés, sophistiqués et non structurés, qu’il est difficile d’en tirer profit avec pertinence.

Anders Mørch de l’Université d’Oslo considère cela comme l’une des nombreuses armes à double tranchant du social learning. Quoi que l’on dise de la formation informelle, la formation formelle ‘alignée’ a encore de solides cartes à jouer. De nombreux éléments ne peuvent être laissés aux soins des aléas de l’approche sociale, car ils doivent être envisagés dans un délai imparti.

Objection 5 : Contenu médiocre

La qualité aléatoire du contenu généré par l’utilisateur est également un problème. Pour exemple, le partage de médias proposant le visionnage de conférences de qualité médiocre sur YouTube EDU et autres sites de partage de médias démontrent que le partage en lui-même n’est pas toujours idéal si le contenu manque de qualité ou de pertinence. Accorder un total crédit au contenu généré par l’utilisateur peut s’avérer un désastre si cette démarche se suffit à elle-même.

Les Wikis résolvent le problème car ils disposent d’un processus de modifications communautaires et avec suivi, mais la qualité du contenu suppose un gros volume de contributeurs. Les classements et les solides recommandations sociales de la part de collègues en qui vous avez confiance constituent un autre système de contrôle utile, avec des liens de grande qualité et un contenu provenant de l’extérieur à l’organisation.

Objection 6 : Redondance

Nombreux outils de productivité sont présents aujourd’hui et ne le seront plus demain. Certains disparaissent tout simplement, faute de moyens de monétiser le produit. D’autres sont abandonnés (même certains produits Google), d’autres encore sont rachetés par de plus gros et disparaissent soudainement ou viennent s’intégrer dans une suite logicielle plus vaste. Tout cela peut être difficile à suivre.

Il semble y avoir peu de risques que de gros acteurs tels que Google, Facebook et Twitter disparaissent, c’est certain. Il serait bien néanmoins de considérer d’autres outils tout aussi utiles, même s’ils demeurent temporaires, notamment des outils tels que Doodle etc. le stockage de données est un autre point essentiel et Google ou Apple sont tout aussi stables que d’autres en la matière.

Objection 7 : Sécurité

De nombreuses organisations, spécifiquement militaires, gouvernementales et bancaires, mais bien d’autres, craignent les attaques de systèmes d’exploitation à disque et les vols de données, de même que l’accès illimité aux médias et outils sociaux. Les organisations à portée mondiale sont la cible des pirates et du crime organisé en ligne. Julian Assange n’utiliserait même pas Facebook car il est persuadé que les données ont déjà été récupérées par des individus indésirables. Il ne s’agit pas d’une peur irrationnelle. Cette réalité existe.

Cependant, il ne relève pas des préposés aux RH et à la formation de prendre ces décisions. Ils doivent interroger les experts en TI sur les dangers existants, qui prendront la décision objective de restreindre votre comportement dans la formation ou l’apprentissage, ou non. Une fois qu’une étude approfondie a été réalisée, ce type de restriction peut être autorisé. Voyez les entreprises qui ont procédé ainsi et n’ont jamais rencontré de problèmes.

Conclusion

OK, l’avocat du Diable en a fini. La réalité c’est cette flambée incroyable d’Internet comme intermédiaire social, les médias sociaux représentant l’utilisation numéro Un d’Internet, avec 600 millions d’utilisateurs Facebook.  Les employés, employés potentiels, apprentis et clients en font un usage acharné. Le cadre, manageur, professeur ou formateur moderne ne peut se prétendre professionnel sans avoir un minimum de connaissances des médias sociaux. Il ne vous reste plus qu’à expérimenter ces outils pour en comprendre les vices et les vertus.

Vous devez également en comprendre, planifier et deviner l’usage, car tous les usages sont possibles. Chacun de vos employés possède un téléphone portable qui est une porte d’accès sur le monde extérieur hors de votre contrôle.

Il est cependant aisé pour les universitaires et les conseillers qui n’ont jamais eu à ‘diriger’ une organisation, ni à porter la responsabilité de postes et de vies réels, de s’enthousiasmer et se passionner à l’excès. Ils peuvent eux-mêmes être sujets à un certain conformisme social, à des pensées de groupe, au non alignement et au battage publicitaire. Il est important que ce type d’optimisme effréné n’aille pas contre la réalité.

Des gens comme Jane Hart, Jay Cross, Charles Jennings et Harold Jarche comprennent tout ceci, le danger de l’effet boule de neige et de la pensée de groupe évangélique, qui peuvent mener à un éloignement des bonnes pratiques par ailleurs. Les médias sociaux ne constituent pas la réponse à tout problème, mais ils représentent sans nul doute une avancée puissante et utile dans le cadre de l’apprentissage.

 

 

Donald Clark - Entreprise Collaborative - Ecollab contributeur

Donald Clark était PDG et l’un des fondateurs originaux d’Epic Group plc, qui est devenue l’une des entreprises phares sur le marché britannique du e-learning, lancée en Bourse en 1996 et vendue en 2005. Se décrivant lui-même comme ‘libéré de la tyrannie de l’emploi’, il est désormais membre du conseil d’Ufi LearnDirect (Agence gouvernementale proposant du e-learning à 2,8 millions d’apprentis), Caspian Learning (fournisseur d’outils de jeux d’apprentissage), LearningPool (fournisseur de contenu), Brighton Arts Festival et conseiller scolaire. Donald a reçu plusieurs récompenses pour la conception et la mise en place de contenus e-learning, notamment l’‘Outstanding Achievement in e-learning Award’. Il a été conseiller en e-learning pour le compte de la Banque Mondiale, des Nations unies et d’autres nombreuses organisations du secteur privé et public et intervient régulièrement dans des conférences nationales et internationales…il est bien sûr un bloggeur assidu (et controversé) à propos du e-learning ! http://donaldclarkplanb.blogspot.com/

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