«Les liens hypertextes subvertissent la hiérarchie" - article # 7 de The Cluetrain Manifesto, 1999.
Le Net, en particulier le travail et l’apprentissage en réseaux, subvertit certaines des hiérarchies que nous avons développés au cours du passé. L'éducation formelle en est un exemple, comme le montre cet excellent article de Cathy Davidson:
Les classements, d'une manière curieuse, illustrent nos convictions profondes sur l'excellence et l'autorité, et tout particulièrement sur le droit des personnes ayant le pouvoir de définir ce qui constitue l'excellence. Lorsque nous pratiquons le crowdsourcing, nous suggérons que les jeunes sans diplômes sont aptes à juger de la qualité et de valeur. Bienvenue sur l'Internet, où tout le monde critique et tout le monde peut exprimer une opinion sur le nouvel iPhone, un restaurant, ou tel joueur. Cette démocratisation de qui peut porter un jugement est la pensée numérique. Comme je l'ai découvert, c’est assez troublant pour des gens coincés dans les modèles top-down de l'éducation formelle et l'autorité.

Merci à Johnnie Moore pour m’avoir suggérer cet article. Oui, c'est ainsi qu’une grande part de mon apprentissage se fait aujourd'hui. Il est social et vient de mes réseaux, le plus souvent de Twitter.
Il ya cinq ans, j'ai écrit qu’un changement d’intérêt (et l'effort de développement) de l’aspect gestion de l'apprentissage vers ses aspects sociaux ne pouvait être que positif pour l'apprenant. Nous avons besoin de mieux comprendre les aspects sociaux du travail et de l'apprentissage pour construire des structures qui soutiennent ces derniers. Comme nous sommes de plus en plus en réseau, les hiérarchies de statut sont remplacées par des hiérarchies des tâches [je remercie Esko Kilpi pour ces termes]. Dans le travail et l'apprentissage, notre statut dans nos réseaux est en constante évolution. Nous nous concentrons sur des tâches, et en faisant cela, nos statuts changent. Il ne s'agit plus de savoir qui nous sommes, mais ce que nous faisons. N'est-ce pas pourquoi nos réseaux sociaux fonctionnent aussi bien? Le social learning, un élément clé de toute communauté, est une danse avec différents partenaires, où chacun interprète la musique à sa façon, tout en étant influencé par les autres.
Le social learning est le lubrifiant des réseaux, du travail collaboratif. Il nous faut donc to redesigner les structures pour favoriser l'auto-organisation (sociale) des groupes d'apprentissage et de travail. Si désormais travail et apprentissage fusionne de plus en plus, les lieux de travail ne devraient-ils pas être structuré comme des environnements d'apprentissage? Et les établissements d'enseignement ne devraient-il pas encourager ce type de démarche ? Ceci est révolutionnaire. Peter Isackson décrit le caractère subversif du social learning dans l’expérience « The Hole in the Wall » (HiW).
Il me semble que la clé fondamentale dans le succès de HiW est la notion de «groupes auto-organisés» qui apprennent de leurs propres chefs. Si l'avenir de l’éducation est de devenir vraiment non-invasif, comme Jay le suggère, elle doit s'abstenir de définir des objectifs et les moyens pour les atteindre, confiant aux groupes cette tâche. Si l’on constate qu’un groupe néglige ce qui est considéré comme «essentiel» dans le programme (pour une raison quelconque, qu'il s'agisse de sécurité de base, la survie ou inculquer un ensemble existant de valeurs), il devra alors s’en expliquer ou rappeler l’intérêt qu'il poursuit. Respecter le groupe auto-organisé et sa capacité de décision est la condition sine qua non du succès. Il arrive aussi d'être à l'opposé absolu des principes d'organisation de l'enseignement traditionnel et la formation.
Un thème actuel dans les cercles de travail et de l'éducation est de «mélanger» le social avec le formel et le structuré. Mais le social learning n'est pas un simple élément ajouté à nos programmes de formation formelle. C'est un changement radical. Il va perturber les institutions construites sur la technologie de l'imprimerie - toutes les entreprises de communication, y compris l'éducation. Oui, nous avons toujours appris et travaillé socialement, mais nous n'avons jamais eu un pouvoir aussi aisé pour créer des groupes ou dupliquer, pour un coût presque nul, nos échanges.
L'effet réseau est expliqué en détail dans l’ouvrage de Yochai Benkler, The Wealth of Networks. Benkler décrit les changements que la société en réseau peut avoir sur notre gouvernance, les structures économiques et culturelles:
L'économie de l'information en réseau améliore les capacités pratiques des individus selon trois dimensions: (1) elle améliore leur capacité à faire plus pour et par eux-mêmes; (2) elle renforce leur capacité à faire plus en commun avec d'autres, sans être contraints d'organiser leur relation à travers un système de prix ou des modèles hiérarchiques traditionnels, et (3), elle améliore la capacité des individus à faire plus dans des organisations formelles qui opèrent en dehors de la sphère marchande. Cette autonomie accrue est au cœur de toutes les autres améliorations que je décris. Les individus se servent de cette nouvelle liberté pour agir et coopérer avec les autres, de façon à améliorer l'expérience pratique de la démocratie, de la justice et du développement.
Une dernière remarque pour tous les managers, directeurs et autres membres de la hiérarchie de statut: le social learning porte aussi sur le lâcher prise.

Dessins Mimi & Eunice par Nina Paley.
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Diplômé du Collège Militaire Royal du Canada, Harold a servi plus de 20 ans dans l'armée canadienne à des postes de leadership et de formateur. Harold a ensuite été manager au Centre for Learning Technologies et chez E-Com Inc. Son lieu de travail préféré est son vélo. C’est là que lui viennent ses meilleures inspirations. |
Traduction: Frédéric Domon