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Il existe deux nouvelles règles pour les professionnels en charge de la création et de la production de contenu destiné à l’acquisition de connaissances. Règle n°1 : Vous n’êtes plus dans une optique de conception et de diffusion du contenu de formation. Règle n°2 : Vous êtes dans une optique de flexibilité pour votre contenu. |
Je suis assez satisfait que la plupart d'entre vous soient déjà au fait de la convergence entre "le contenu de formation" et tous les autres types de "contenus" au sein de votre entreprise. Certains d'entre vous se questionnent peut-être sur ce que ce mouvement signifie pour votre organisation, tandis que d'autres mettent déjà en place des innovations ou des changements dans leur technologie de formation afin de s’adapter à ce nouveau changement. Et pour ceux d’entre vous qui sont novices face à cette perspective, ou qui veulent en débattre, faites-moi plaisir et poursuivez la lecture.
Voici ce qui se trame derrière cette notion de convergence. En tant que professionnels de la formation, nous avons promu la croyance que le contenu préparé pour les environnements d’apprentissage se distingue des autres contenus. En fait, nous en avons été si convaincus qu'un commerce pesant plusieurs milliards de dollars s’est construit autour de cela, constitué de technologies et de services renforçant l’idée que les ressources d’apprentissage et de développement sont quelques choses d’unique. Et, nous avons réussi à nous distinguer avec cette idée de l’importance du contenu de formation quand la formation pour adultes est venue distinguer la pertinence des contenus grâce à l’appellation de « cours », ou autre référencement équivalent.
Cependant, notre conception traditionnelle du contenu d’apprentissage a tout simplement été détournée ; et nous en sommes les principaux responsables. Ceci s’est produit lorsque nous avons commencé à accroitre notre dépendance à la technologie de recherche et avons étendu nos utilisations de la technologie pour produire du contenu à partir de sources élémentaires. Ces sources vont de simples documents Word et PowerPoint à des outils plus complexes d’édition et systèmes auteur nous permettant de travailler avec des supports audio, vidéo ou autres médias numériques de qualité. Tout à coup, chacun devient un auteur et éditeur de contenu. Il existe d’innombrables ouvrages et des contenus de référence à propos de l’utilisation de ces outils et concepts de formation dans cette perspective. Le secteur de l’apprentissage a offert la possibilité à tout un chacun à même de se payer un simple logiciel de devenir développeur de contenu, ce qui est désormais possible en temps réel à partir de n'importe quel dispositif numérique. Vous ne me croyez pas ? Regardez comment les gens acquièrent des expériences pédagogiques grâce à YouTube, Vimeo, Upstream et maintenant mon préféré Aurasma, dans l’univers de la vidéo à la demande.
Puis notre nouvelle génération de travailleurs, la génération Y, a intensifié le rythme de ce phénomène, car pour eux un contenu n’est qu’un contenu. Pour eux, lorsqu’il s’agit d’apprendre, les nouvelles expériences en ligne leur permettent de décider de ce qu'ils veulent apprendre, comment et où. Maintenant accrochez-vous à ce concept, car ce n’est que le début.
Cette convergence de contenu ne se suffit pas à elle-même, un autre élément vient empirer le scénario, c’est le volume des données. Le monde en produit à profusion et nombreuses d’entre elles se distinguent considérablement du contenu de nos petits cours proprement ficelés et soigneusement accompagnés de leur programme joliment structuré. Ce contenu non structuré ne bénéficie d'aucune organisation spéciale pour le rendre plus facilement accessible.
Et, si vous êtes dans une "entreprise dont la culture inclut un apprentissage intensif," il y a des chances pour que votre organisation se retrouve face à ces méga-challenges de données numériques :
Ainsi, pour vous, ces changements entrainent nécessairement un bouleversement qui vous impose de passer à la vitesse supérieure afin d’appréhender la myriade de nouvelles possibilités qui entourent la compréhension et le management de la complexité des contenus. Ce nouveau cadre de transformation et transmission de contenu hyper-complexe exige que nous repensions notre contenu et nos stratégies de formation. Il exige que nous mettions en place un arsenal de possibilités, comme de nouveaux modèles pour développer l’accès et l’utilisation de contenu. Et c’est votre rôle de répondre à ces défis avec des technologies pour améliorer tous les aspects des contenus et plus particulièrement l'expérience utilisateur.
Cela suffit pour dire que vous devez changer et faire des choses très différentes pour soutenir la capacité de votre entreprise à atteindre ses objectifs et à adapter sa stratégie aux demandes de chacun tout le long de sa chaîne de valeur. J'ai deux orientations à vous soumettre. Etes-vous êtes prêts ?
Tout d'abord, l'organisation doit avoir une forte connaissance de son contenu. Il existe d’importantes "meilleures pratiques" qui permettent de rendre le contenu gérable afin d’améliorer sa recherche et de le présenter dans des formats qui créent collectivement une valeur significativement nouvelle.
J’appelle cela « l'ingénierie du contenu intelligent », un concept défini par Joe Gollner. Dans son blog, au mois de janvier de cette année, Joe explique le contenu intelligent de cette manière : "C’est un contenu qui a été consciemment conçu pour être facile à utiliser et réutilisable. Ainsi l'automatisation peut être efficacement appliquée à la découverte et à la transmission du contenu dans une gamme illimitée de contextes et dans des formats qui répondent aux attentes des futurs consommateurs du contenu" (voir les références à la fin de l'article).
Si vous pouvez produire votre contenu corporate tel que Joe le définit, vous résoudrez une des grandes revendications, comme lorsqu’ils militent afin que vous leur donniez ce qu’ils désirent. Vous noterez qu’on ne trouve nulle part dans la définition de Joe un mot au sujet de cours, de programmes d'études, ou de management de l’apprentissage. Joe souligne surtout deux concepts - la recherche (découverte) et la distribution (livraison), tout en promouvant la contextualisation du contenu.
Je ne suis pas en train de préconiser l’abandon de ce que nous faisons de façon formelle afin de produire, manager, monitorer et analyser l'utilisation de contenu et de ces utilisateurs. Mais la valeur dépend surtout de l’impact que ce que nous faisons pour les apprenants et de ce qu’ils en retirent à moyen terme. Il est important de savoir comment nous arrivons à les inciter à développer leur apprentissage, d’où l’importance d’indicateurs sur l’utilisation d’expériences d’apprentissage et sur les résultats de cette utilisation.
Pourtant, la réalité est que l'investissement et les efforts pour l'enseignement et la formation formels représentent seulement 10 % de l’apprentissage et du développement, comme le disent Robert Eichinger et Michael Lomdardo du Center for Creative Leadership. Ils indiquent de plus que 20 % de l’apprentissage est transmis par d’autres personnes d'une façon informelle, ou formellement par l’intermédiaire d’un coach ou d’un mentor; 70 % se transmet au cours des expériences, tâches ou résolution de problèmes sur le lieu de travail ou dans la vie de tous les jours. Ainsi, revenons à Joe. Avant que nous ne consacrions des ressources plus ou moins importantes pour créer du contenu, nous devons réfléchir à ce qu’il est, comment il circule, et quelle tache il doit remplir pour l’organisation et ses consommateurs.
Construire une stratégie
Pour qu’un contenu soit intelligent, vous devez commencer par construire une stratégie. Bien qu’il n’y ait pas de place dans cet article pour pouvoir approfondir le sujet, les deux points suivants sont à noter. Premièrement, vous devez savoir ce que votre public attend de votre entreprise; deuxièmement, vous devez vous assurer que le contenu soutient les objectifs clés de l’entreprise.
Ces points pourraient sembler évidents. Nous faisons souvent des analyses de critères dans nos pratiques professionnelles. Voici quelques chiffres à prendre en compte : plus de 70 % des entreprises ont un LMS (Learning Management System) et utilisent différentes techniques numériques pour 40% des heures de formation, comme l’utilisation du mobile. Mais moins de 20 % d'entre elles peuvent produire un document formel sur leur stratégie d’apprentissage, et seulement 6,5% y ont défini une stratégie de contenu (voir l'article de Gerry Kranz dans les Références).
En cette période de changements extraordinaires, la révolution introduite par le haut débit et les mobiles n’exige rien de moins qu’une refonte de nos stratégies de contenu. Chaque jour, de nouvelles histoires le confirment.
Produire un contenu intelligent pour l’apprentissage mobile
Par conséquent, une stratégie pour produire un contenu intelligent doit permettre de développer des compétences et habilités à explorer, exposer, extraire et exploiter la valeur du contenu. Vous devez pouvoir rendre votre contenu malléable pour susciter et déclencher son utilisation sous la forme souhaitée par le consommateur.
À quoi ressemble le contenu intelligent? L’expression réelle renvoie à la définition de Gollner. Le contenu a "… une gamme illimitée de contextes et se retrouve dans des formats qui répondent aux objectifs requis des consommateurs de contenu." Dans cet esprit, je vais raccourcir la réponse pour l'apprentissage mobile en particulier.
Une grande partie de ce que votre stratégie de contenu pour mobile doit être se trouve dans ce que le Dr Gary Woodill décrit comme : « une activité pertinente grâce à laquelle l’apprenant peut acquérir de nouvelles idées ou connaissances ». Cette citation provient du Chapitre 3 (page 66) du livre The Mobile Learning Edge où l’auteur passe en revue les sept principes associés à un apprentissage mobile pertinent et où il soutient que le contexte a toute son importance.
La technologie mobile est un outil qui permet de développer l’expérience apprenant. La valeur de la technologie augmente lorsque le dispositif repose sur ce qui se passe déjà au niveau de l'expérience de l'apprenti. Le contenu peut avoir un contexte lié à la situation et même au lieu. La pertinence dans ce cas peut être spécifique au travail, au projet ou à une tâche, ou spécifique au travail de collaboration. Et, ce que l’élève est capable de récupérer du mobile est dans un format particulier adapté à la situation. Mais comment cela se passe-t-il dans les faits?
Un exemple à l’appui
Rappelez-vous de la Règle n°2. Apportez de la dextérité à votre contenu. Voici une étude de cas pour l’expliquer.
Une entreprise mondiale gère un très grand portefeuille de propriétés - plusieurs de ces propriétés sont des immeubles de bureaux de classe internationale et des parcs de bureau avec quelques campus à bureaux exclusifs. L'activité de la société s’oriente principalement dans trois filières: le courtage (location de terrains), les ventes immobilières (vente de bâtiments ou de complexes) et la gestion de propriété (entretien et maintien d'installations).
Les ingénieurs d’exploitation font partis d’une population particulière avec des demandes de contenu critique : ils supervisent et surveillent l’entretien des propriétés, l'aménagement paysager, la gestion des déchets, du chauffage, de la ventilation, de la climatisation, des ascenseurs. Un ingénieur peut être responsable de cinq propriétés ou plus. Les professionnels sont tributaires des cartes d’installation, des diagrammes, des manuels ou schémas d’équipement et système d’électricité, de plomberie et aussi des dispositions des installations physiques et des plans d'architecte. De plus, il faut satisfaire les exigences réglementaires et comme celles de gestion de conformité : incendies et sureté publique, gestion de la circulation et les codes publiques de la construction.
L’obstacle principal était traditionnellement l’accès à des informations de la société depuis un ordinateur. Très souvent les ingénieurs étaient confrontés au blocage des pare-feu et à de mauvaises connexions internet. Avec la technologie mobile - smartphones et tablettes - la société a entrepris un processus de transformation du contenu. Un effort de sept mois a été nécessaire pour y arriver.
Aujourd'hui, ces ingénieurs effectuent leur travail sans problème de connectivité et utilisent un contenu basé sur la géolocalisation. Deux sélections sur leur mobile produisent tout le contenu adéquat et disponible : Les utilisateurs allument leur GPS et l’actionnent pour arriver à leur destination. De plus, le système de réglementation et de conformité, couplé au LMS de l’entreprise, fournit l'accès à ces informations, gère les mises à jour et les alertes et organise la gestion de la certification de conformité de l'ingénieur. Un investissement de 1,9 millions de $ permet une amélioration annuelle de la performance de 30 %, ce qui se traduit par presque 4 millions de $ d’épargne récurrente. Ceci est le résultat net qui rapporte de l’argent à l'entreprise.
Ceci est un exemple classique de la promesse du « juste à temps, tout le temps et n’importe où » de la technologie mobile. Ce n’est pas de la formation et développement au sens classique, mais l’acquisition de connaissances lorsque vous en avez besoin.
Il y a des professionnels experts en création d'un système pour contenu intelligent. Il existe un certain nombre de ressources à approfondir à ce sujet. Voici pour moi les avantages de l'ingénierie. L’ingénierie…
La deuxième orientation est une analyse du consommateur du contenu. Ces personnes sont les « élèves », parmi les rôles d’autres consommateurs. Pour nous lancer dans cette analyse, je commencerai par une citation tirée de l’ouvrage New Social Learning, de Tony Bingham et Marcia Conner : "l’apprentissage est ce qui fait de nous des participants plus dynamiques dans un monde en quête de perspectives nouvelles, d’idées originales et d’expériences personnelles. Lorsque nous partageons, ce que nous avons appris se mélange avec ce que les autres ont appris, puis se propage et transforme les entreprises …"
Le principal est que l’apprentissage ait lieu et que nous ne devions rien faire. Rappelez-vous de la Règle n°1: vous n'êtes plus dans une optique de création et de diffusion de contenu pédagogique. Mais alors, qu’êtes-vous ?
Le bouleversement numérique n’a pas seulement un impact culturel, social ou économique. Cela devient très personnel. Dans le cas du développement du contenu et plus particulièrement de conception pédagogique, ce bouleversement présente des changements qui sollicitent une redéfinition de la manière dont vous considérez votre travail. Les processus restent importants, mais ils concernent désormais la consommation de contenu, son aggrégation, son classement, son classement, son indexation, son organisation, sa curation, sa transformation, et sa transmission.
Le contenu provient de sources internes et externes à l’entreprise. Le contenu est souvent hors de votre contrôle et est le produit de processus qui sont très différents des méthodes bien organisées et structurées du monde du développement de systèmes didactiques. Votre importance dans l’entreprise pourrait dépendre de la manière dont vous affrontez la croissance exponentielle du contenu. Allez-vous gérer le contenu? Ou est-ce le contenu qui va vous détruire?
Votre mission va exiger la production et la diffusion de contenu à travers les canaux formels et informels de l’entreprise et non plus de passer par les méthodes d’apprentissage formel. La réussite nécessitera une capacité à développer une organisation spécifique permettant de nombreuses options quant à l’accès et à la diffusion du contenu, en prenant en comptes les aptitudes de chacun pour l’écriture, l’édition et la transmission de contenu. Vous aurez besoin de ressources pour gérer la production de contenu à partir des communautés virtuelles, des réseaux sociaux, et des échanges qui ne sont pas sous le contrôle de l’entreprise. (Facebook, LinkedIn, Twitter, des blogs, …).
Vous allez continuer l’apprentissage formel en intégrant des dispositifs de social learning et en développant la personnalisation des contenus. Vous devrez offrir efficacité et confort dans un environnement stable pour facilité le partage de contenu, tout en vous assurant d’un niveau de gouvernance et de contrôle suffisant pour protéger l’intégrité de votre entreprise et de son contenu.
Cette dernière phrase représente ma conclusion sur le consommateur de contenu. La libre expression est le nouveau divertissement en ligne. Les individus ne veulent pas simplement être des consommateurs de contenu. Ils veulent participer à la création du contenu.
Voila un besoin qui signifie que votre rôle le plus important et votre plus grande responsabilité est d’exploiter et de cultiver la création de contenu et leurs utilisations. Vous devenez «un curateur de contenu », en choisissant comment les sources du contenu sont mises à contribution, comment elles se mélangent et se transforment en un ensemble cohérent de capital de connaissances.
Vous devrez prendre en compte que d’ici 2015, 90% de la production de contenu posté sur Internet sera au format vidéo. Les blogs produiront plus d’audio que de texte. Quelle sera votre méthodologie pour le monitorer, capturer, curater et classer ces contenus mutimédias ? Comment savez-vous que ces nouveaux actifs ne se contenteront pas de s’accumuler comme le fait déjà beaucoup de contenus stockés par vos entreprises?
J’ai eu une conversation aujourd’hui avec un penseur novateur à propos du futur de l’apprentissage. Nous nous sommes penchés sur la façon de gérer raisonnablement le contenu non structuré. Il a remarqué que mon intention était de le transformer dans des formes structurées, en le cataloguant, l’indexant, le taggant. De son coté, il pense que nous allons développer de nouveaux algorithmes qui décideront de la valeur d’un contenu non structuré. Il estime que ce sont les actions humaines précédentes autour de ces actifs qui décideront du résultat d’une requête de recherche. Pendant que nous débattons sur le futur, je vous laisse avec ce qui suit.
Meilleur est le contenu, meilleures sont les affaires. Et si le contenu a comme objectif d’améliorer l’acquisition de connaissances, cela doit être un contenu intelligent pour produire la plus grande valeur d’apprentissage. C’est désormais à vous de vous en occuper.
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Article initialement publié sur Learning Solutions Magazine
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