Par Dave Gray
De nombreux problèmes survenant dans les entreprises pourraient être résolus si nous pouvions faire converger les intérêts des salariés et des cadres avec ceux des propriétaires. Existe-t-il une solution pour que tout le monde procède comme des propriétaires ? La réponse est oui, mais non sans changer la structure de votre entreprise d’une manière qui pourrait vous mettre mal à l’aise.
L’idée des incitations alignées apparaît comme une sorte de graal. L’objectif est toujours le même : aligner les intérêts des cadres et des salariés avec ceux des propriétaires d’entreprise.

Quelle est la raison des échecs liés aux plans d’incitations ?
Nous payons des commissions aux commerciaux parce que nous attendons d’eux qu’ils vendent des produits avec dynamisme et enthousiasme. Nous avons recours aux intéressements aux bénéfices et aux stock-options pour motiver les gens à augmenter la valeur de l’entreprise. Nous essayons d’aligner le salaire des dirigeants par les incitations tels que la croissance des bénéfices, la croissance du chiffre d’affaires, le cours des actions.
Trop souvent ces tentatives ne remplissent pas leurs objectifs : les gens ne raisonnent ni ne se comportent comme des propriétaires. Pourquoi?
Raisonnement à court terme. Puisqu’il faut récompenser les gens dans un délai raisonnable, beaucoup d’incitations tend à se focaliser sur des mesures court-termistes. L’optimisation des incitations pour des résultats à court terme affecte le raisonnement nécessaire visant à assurer la survie de l’entreprise sur le long terme. A titre d’exemple, dans la précipitation d’engranger des commissions, les commerciaux négocient des affaires qui ne sont pas rentables pour les entreprises, ou poussent les clients à acheter ce dont ils n’ont pas besoin, ou offrir trop car ils veulent conclure un marché au plus vite pour la fin du trimestre. Si leurs efforts augmentent le volume des ventes à court terme, ils nuisent à la valeur de l’entreprise sur le long terme. Pour les dirigeants, il existe toujours des méthodes pour augmenter le cours d’une action ou d’autres mesures qui semblent intéressantes à court terme mais qui se révèlent néfastes pour la valeur des actions à long terme.
Bien trop flou. Les plans de stock-option et de systèmes d’actionnariat récompensent les salariés quand l’entreprise se porte bien. Plus l’entreprise est grande, plus il est difficile pour les gens de comprendre en quoi leurs efforts ont des conséquences sur le cours des actions. Leur impact personnel est bien trop faible face à l’ensemble de l’entreprise.

L’ère industrielle a été bâtie autour du management de la carotte et du bâton. Cela s’est avéré payant dans un monde prévisible où le travail était divisé en tâches routinières pouvant être réalisées selon une formule prédéterminée. Ce modèle ne fonctionne plus au 21éme siècle. Dans les années à venir, nous aurons besoin d’obtenir le meilleur de nos employés. Au même titre que leurs mains, nous aurons besoin de leur tête et de leur cœur.
Dans son ouvrage intitulé Drive: The Surprising Truth about What Motivates Us, Dan Pink cite des travaux démontrant que certaines récompenses, telles que les commissions de ventre, ou d’autres récompenses financières, peuvent fonctionner sous certaines conditions comme lorsqu’une tâche exige que les gens suivent simplement une formule, telle que la fabrique d’épingles d’Adam Smith. Mais pour les postes qui demandent un raisonnement complexe et une certaine créativité, les récompenses extrinsèques peuvent être dangereuses car elles tendent à restreindre les capacités à remarquer les choses en périphérie et à forger de nouvelles solutions.
Dan Pink pense que dans un monde qui demande de plus en plus aux gens de raisonner de manière créative, de résoudre des problèmes tout en restant souple dans des environnements incertains, les incitations extrinsèques ne fonctionnent pas. Nous devrions plutôt nous concentrer sur les types de motivation intrinsèque qui pousse les artistes, les inventeurs et autres professions créatives, comme la maîtrise, l’autonomie ou la poursuite d’un objectif.
Cet élément soulevé par Pink est un bon point. La motivation intrinsèque motive effectivement les gens et favorise la réussite créative. Mais dans les entreprises, le succès d’ordre créatif ne représente qu’une part de l’équation. En affaire, il est également nécessaire de faire des profits. Un rapide regard sur l’histoire des inventeurs et des professions créatives confirme que, alors que la créativité et l’invention peuvent s’avérer des composants nécessaires de toute démarche innovatrice, ceux-ci ne sont pas suffisants si vous souhaitez combiner innovation et résultats commerciaux.
Le succès des grands innovateurs en entreprise est un mélange de raisonnement créatif et de logique business. Chez Xerox PARC, la créativité et l’invention ne manquait pas. Steve Jobs et Steve Wozniak, quant à eux, était capable de traduire cette créativité-là en produit tangible que les gens étaient prêts à payer. Les grands innovateurs, comme Henry Ford, Thomas Edison, Benjamin Franklin, John D Rockefeller, Andrew Carnegie, Walt Disney, Sam Walton, Ted Turner et bien d’autres mêlaient ainsi créativité aux sens des affaires, une compréhension approfondie des clients et des dynamiques du marché.
Le défi de l’alignement des incitations est triple. Premièrement, les incitations doivent être suffisamment réelles et tangibles pour que les gens voient l’impact qu’ils peuvent avoir sur l’entreprise dans sa globalité. Deuxièmement, ils se doivent d’équilibrer le raisonnement à court et à long termes. Troisièmement, ils doivent récompenser les gens qui rendent plus saine leur entreprise et contribue ainsi à son succès.
Un bon système d’incitations devrait récompenser les salariés qui raisonnent et agissent comme des propriétaires. Est-il alors possible que les salariés se comportent comme s’ils étaient propriétaires d’une entreprise ? Oui, c’est possible. La solution est assez simple : Elle est de leur donner une « entreprise au sein de l’entreprise ».
L’organisation podulaire
Pour que cela fonctionne, vous devez d’abord comprendre que le modèle plus courant pour des grandes entreprises modernes, l’entreprise multi-divisionnaire n’est pas la seule solution. Conçue par General Motors en 1920, elle est devenue la norme. Sous certains aspects, ce mode d’organisation est diablement efficace, mais il connait de vraie faiblesse lorsqu’il est question d’innovation.
Concernant les modes d’organisation, il existe des choses qui semblent “évidentes” alors qu’elle ne sont pas fondamentales, mais tout juste optionelles.
Nous avons tendance à concevoir les entreprises en les découpant en divisions? Nous divisons l’entreprise, et donc le travail pour une meilleure efficacité. Nous rassemblons les développeurs de logiciels afin qu’ils se concentrent exclusivement sur les logiciels. Nous rassemblons les commerciaux pour qu’ils se concentrent sur les ventes et apprennent les uns des autres, et ainsi de suite. Cela paraît évident, hein ? Et ceci est une approche très efficace. En revanche, dès que nous pénétrons dans un monde où l’efficacité mène à sa propre banalisation, et où la valeur est de plus en plus motivée par l’innovation, l’efficacité ne représentera plus l’objectif prépondérant.
Comment peut-on alors organiser le travail dans votre entreprise pour optimiser l’innovation plus que l’efficacité ? La réponse est de compléter le raisonnement classique par une approche que j’appelle le raisonnement podulaire.
Dans une entreprise divisionnaire, modèle avec lequel nous sommes familiers, vous divisez le travail en fonctions et spécialités. Au fur et à mesure que vous continuez de diviser ainsi une entreprise, vous en améliorez l’efficacité. En revanche, l’effet secondaire d’une telle approche est de déconnecter les gens de l’objectif global de l’entreprise. Les salariés d’un groupe fonctionnel s’indentifient entre eux plus qu’ils ne le font avec l’objectif de l’entreprise.
Au sein d’une entreprise podulaire, vous divisez le travail en “entreprises dans l’entreprise. Puisque chaque pod fonctionne comme une petite entreprise, son objectif reste extérieur au pod et se porte sur ses clients. Ses clients peuvent être internes ou externes. Chaque pod offre une prestation complète. Une approche podulaire permet à une grande entreprise d’agir comme s’il s’agissait d’un essaim de petites entreprises : elle permet à l’ensemble un degré de souplesse et d’adaptabilité qui ne serait jamais possible d’atteindre dans une entreprise à structure divisionnaire. Une entreprise podulaire est une entreprise fractale : chaque pod est une unité fractale autonome qui représente, et qui peut fonctionner au nom de, l’entreprise dans sa globalité.
Cela sonne-t-il bizarre ? Comment est-ce possible ?
Prenons 4 exemples pris de4 entreprises différentes et analysons-les : une entreprise agro-alimentaire, un détaillant, une entreprise de logiciels et un conglomérat.
Le marché auto-géré de Morning Star
Morning Star est une entreprise privée qui a démarré son activité en 1970 comme transporteur de tomates. Aujourd’hui, elle est la plus grosse entreprise mondiale du secteur de la tomate avec un chiffre d’affaires de 700 milions de dollars par an.
Chez Morning Star, les salariés s’autogèrent et ne rendent des comptes qu’à leurs collègues. L’entreprise fournit un système et un marché qui permettent aux salariés de coordonner leurs activités. Chaque salarié a ses fournisseurs et ses clients (et des relations personnels) à prendre en considération.
Chaque salarié rédige un compte-rendu personnel de mission qui décrit comment il va contribuer aux objectifs de l’entreprise. Chaque salarié est également responsable de la formation, des ressources et de la coopération qui l’aideront à remplir ses objectifs. Chaque salarié rédige également une lettre d’accord à l’attention de ses collègues, expliquant ses promesses et ses attentes pour l’année à venir, éléments préalablement négociées collectivement entre pairs. Tous les accords décidés ensemble décrivent environ 3000 relations de pair à pair, elles-mêmes décrivant les activités de toute l’entreprise. De la même façon, chaque business unit de Morning Star négocie des accords avec les autres unités.
Si un salarié a un quelconque besoin, il peut passer un ordre d’achat. Si quelqu’un a besoin d’aide ou identifie un nouveau rôle nécessaire pour mieux faire le travail, il peut lancer le processus de recrutement. Plus les sommes en jeux sont importantes, plus il est important de faire du lobbying sur vos pairs pour qu’ils adhèrent à votre ordre d’achat, car c’est tous ensemble que votre unité survivra ou coulera. Aucune compétition pour les postes de l’encadrement n’existe puisqu’il n’y en a pas. Pour avancer, les salariés doivent trouver des solutions efficaces de servir leurs pairs.
Chez Morning Star, la discipline provient d’un sens aigu de la responsabilité mutuelle. Les problèmes sont résolus grâce à la médiation. Si la médiation ne peut venir à bout d’un problème donné, un comité de pairs est convoqué. Si cela ne suffit pas, le débat ira jusqu’au président, qui tranchera. Si un problème s’avère sérieux, le salarié peut être licencié. Mais personne n’a de chef qui plane autour d’eux. Les salariés n’ont que des clients.
Toutes les deux semaines, l’entreprise publie des rapports financiers détaillés transparents et accessibles par tous.
Les business units sont classées en fonction de leur performance. Lors de réunions annuelles de planification, elles présentent leurs plans à toute l’entreprise. Les salariées élisent des comités de rémunération qui évaluent la performance et établit les niveaux de salaire basés sur ladite performance.
Morning Star est un marché où tout salarié est une entreprise dans l’entreprise. Vous pouvez en connaître plus sur Morning Star via leur site Web ou en lisant ce très bon article de Gary Hamel : Let’s Fire All the Managers (parue dans HBR).
L’expérience Nordstrom
Nordstrom est un détaillant haut de gamme coté en Bourse, réputé pour son service incomparable et dont le chiffre d’affaire s’élève à 9 milliards de dollars par an.
Le guide à l’attention des employés de Nordstrom est si synthétique et simple qu’il peut tenir sur une fiche avec la formule suivante :
« Faites appel à votre meilleur jugement en toutes situations. Il n’y a pas d’autres règles. »
Les commerciaux de Nordstrom sont libres de prendre leurs propres décisions bien que la très forte culture client de l’entreprise fonctionne comme un phare indiquant la direction à prendre.
Cette culture de service clients est le noyau dur du succès de Nordstrom. Le système tout entier est organisé pour soutenir le commercial afin de livrer le meilleur service qui soit au client. Si Nordstrom propose un produit, il le proposera dans toutes les tailles disponibles car ils ne veulent pour rien au monde décevoir leurs clients.
Les commerciaux ne sont pas enchaînés à un département précis comme on peut le voir dans d’autres magasins. Si une vendeuse veut aider un client à choisir des vêtements, une paire de chaussures, de l’eau de Cologne ou tout autre produit et que pour ce faire elle doit traverser tout le magasin, cela est possible. Un commercial de Nordstrom peut même rester en contact avec un client par les médias sociaux tels que Twitter, par mail ou tout autre moyen. Le message que l’entreprise veut faire passer à ses clients est le suivant : quel que soit ce que vous souhaitez acheter, quel que soit le moyen vous souhaitez interagir avec nous, nous pouvons le faire comme bon vous semble.
Les clients sont incités à emmener les produits chez eux et à les essayer. Ils peuvent les rapporter à tout moment. Si la question est « quand puis-je le rapporter ? ». La réponse sera : « À n’importe quel moment. » Et c’est bien ce qu’ils pensent.
Un client de Nordstrom a déclaré : « Ce qui me séduit chez Nordstrom c’est cette possibilité de parcourir le magasin par moi-même. Et si j’ai besoin d’être aiguillé, des vendeurs sont heureux de m’aider dans mes achats. »
Évidemment comme vous pouvez l’imaginer, les clients sont ravis.
"Nordstrom a foi en ses vendeurs et leur fait confiance dans leur prise de décision. L'expérience d'achat chez Nordstorm est proche de celle que l'on pourrait avoir avec le propriétaire d'un petit commerce" déclare Harry Mullikin, président honoraire des Hôtels Westin. "Les vendeurs de Nordstorm peuvent prendre toutes les décisions qui doivent être prises. C'est comme traiter avec un petit commerce" (The Nordstorm Way: The Insider Story of America's #1 Customer Service Company by Robert Spector and Patrick D. McCarthy).
La culture Nordstrom exige du salarié de considérer le client comme prioritaire sur l’entreprise ou sur le profit dans toutes les décisions prises. Nordstrom met à disposition une plateforme, le magasin, et chaque salarié est considéré comme un entrepreneur capable de monter une affaire sur cette plateforme. Avec les commissions, les commerciaux de Nordstrom peuvent se faire des salaires à 6 chiffres par an sur une base salariale de 11 dollars l’heure travaillée. Un salarié explique: « Ce que j’en pense c’est que les salariés de Nordstrom ont pris tous les risques et ont apporté tous les ingrédients nécessaires pour des boutiques avenantes, une ambiance, et des articles de haute qualité pour que le tout fonctionne. Tout ce que j’avais à faire était de venir le matin prêt à une bonne journée de travail, à considérer pleinement mes clients et les servir de mon mieux. »
Les salariés de Nordstrom sont capables d’offrir le meilleur service du secteur parce que chaque vendeur mène une entreprise au sein même de l’entreprise, soutenu par l’encadrement et les ressources d’une entreprise du Fortune 500.
Des équipes autogérées chez IBM Rational Software.
Rational Software est une entreprise créée en 1981 fournissant des outils pour les ingénieurs informaticiens. Rational a été acheté en 2003 par IBM pour 2,1 milliards de dollars américains. Depuis le rachat de Rational, je décrirai l’entreprise au temps passé, bien qu’elle fonctionne de nos jours comme un groupe au sein d’IBM.
L’objectif de Rational était très transparent pour tous les employés de l’entreprise : « Participez au succès des clients ». Les clients étaient servis par des petits pods autonomes connus sous le terme d’équipes terrain. Chaque équipe terrain fonctionnait comme une unité fonctionnelle et autonome comprenant des experts techniques et commerciaux collaborant étroitement les uns avec les autres. L’équipe qui vendait un produit ou un projet voyait sa responsabilité engagée dans la livraison du produit ou du projet. Les ressources étaient distribuées aux équipes en fonction des performances réalisées.
Cette culture basée autour d’équipes imprégnait tous les niveaux de Rational. « Si vous n’aviez pas l’esprit d’équipe, vous ne survivriez pas » avoue Jerry Rudisin, vice-président de la section marketing de 1991 à 1999. Rational a tenu à mettre en priorité l’esprit d’équipe même si cela pouvait affecter les résultats à court terme. « Quand j’étais directeur régional, j’ai licencié mon meilleur vendeur plus d’une fois », affirme Kevin Kernan, qui a occupé divers postes chez Rational pendant 17 ans. « Nous n’avions aucune tolérance pour les salariées n’ayant pas l’esprit d’équipe. Cela nuisait fortement à notre culture d’entreprise. »
Au sein de l’entreprise, ces équipes transverses étaient un excellent moyen d’acquérir des compétences entrepreneuriales, parce que chaque membre de l’équipe comprenait chaque aspect de l’entreprise. Les membres de l’équipe travaillaient étroitement ensemble et apprenait constamment les uns des autres. Au fur et à mesure que l’entreprise prenait de l’importance, les techniciens ont évolué vers des missions plus commerciales. Et nombreux ont été ceux qui ont créé leur propre entreprise.
Le management chez Rational s’est focalisé sur la gestion des équipes comme s’ils étaient un portefeuille d’entreprises. L’évaluation des équipes était réalisée autour de 5 points. Premièrement, et avant tout, le succès du client: L’équipe a-t-elle mis en œuvre tous les moyens pour atteindre l’objectif fixé par le client? Le chiffre d’affaires : L’équipe a-t-elle atteint ou dépassé son objectif de CA ? Développement de l’équipe : Est-ce que chaque membre de l’équipe a évolué au même rythme que l’équipe ? Croissance du marché : L’équipe a-t-elle élargi ses horizons et augmenté son chiffre d’affaires ? Les basiques : L’équipe a-t-elle joué le jeu avec les autres équipes ? L’argent a-t-il été dépensé comme s’il était le leur ?
Kernan nous explique l’évaluation : « Il était possible d’avoir une équipe pas bien classée même si elle avait atteint son objectif en terme de CA, parce que ses clients n’avaient pas atteint leurs objectifs ». Une année, un nouveau vendeur intégré dans une équipe de 7 personnes a été licencié parce qu’il ne se comportait pas correctement avec son équipe, même si les contrats qu’il avait conclus avec ses clients étaient « béton » et que ses ventes représentaient 25 % du chiffre d’affaires de l’entreprise.
L’intervention top-down était rarement nécessaire au sein des équipes. Quand un membre de l’équipe n’était pas réellement performant, la plus grande pression pour s’améliorait venait de l’équipe elle-même. « Quand j’étais directeur régional, je suis rarement intervenu. Les équipes savaient s’autogérer, » nous confie Kernan.
Les équipes prenaient leurs propres décisions en termes de recrutement, pouvaient recruter des consultants externes ou échanger des ressources avec d’autres équipes. « Vous deviez être prudent lorsque vous intégriez un nouveau membre », raconte Ray LaDriere qui a travaillé dans un des pods vente chez Rational. « Si vous engagiez quelqu’un et que cette personne ne fournissait pas sa part d’efforts, il était convenu qu’il fallait supporter cette personne pendant une année entière ».
« Cette experience longue de 17 ans a été extraordinaire et je serai surpris si vous trouviez quelqu’un ayant travaillé chez Rational qui ait un autre ressenti », nous confie Kernan. « Notre objectif était de changer le monde en changeant la vision des gens sur les logiciels et comment on les conçoit et les produit. Et nous avons réussi ce pari ».
Management démocratique à Semco.
Semco est un conglomérat brésilien, au CA de 200 millions de $ par an, spécialisé dans les technologies et services complexes comme les liquides, poudres et pâtes pour diverses industries, la réfrigération, la logistique, les systèmes de traitement de l’information, l’immobilier, la gestion d’actifs, ou encore les biocarburants.
Semco est une société autogérée. Il n'ya pas de département RH. Les travailleurs de Semco choisissent ce qu'ils font tout comme où et quand ils le font. Ils choisissent même leur propre salaire. Les subalternes élisent leurs superviseurs tout comme la direction de l'entreprise. Ils ont également le pouvoir d’aller vers de nouveaux business ou d’en délaisser d’anciens. La société est gérée comme une démocratie.
Le PDG Ricardo Semler déclare: «On me pose souvent la question : Comment pouvez-vous contrôler un système comme cela? Ma réponse est que je ne peux pas. Je laisse le système travailler pour lui-même. "
Semco est organisé autour de la conviction que les employés participant aux décisions importantes de l’entreprise sont plus motivés et font de meilleurs choix que les personnes recevant des ordres de leur hiérarchie. Les salariés de chaque business unit sont représentés par un comité élu qui rencontre régulièrement le top management pour discuter de toutes les questions liées au travail. Concernant les décisions importantes, comme un projet de délocalisation, chaque employé a une voix pour voter.
Les membres de Semco choisissent eux-mêmes leurs horaires de travail. Le PDG, Ricardo Semler, se rappelle que quand il en a eu l’idée, les managers étaient convaincus que cela ne fonctionnerait pas, surtout dans les usines. Mais Semler était confiant. « Ne pensez-vous pas qu’ils savent comment organiser leur travail ? ». Et il s’avère qu’ils le savaient et qu’ils continuent de le savoir !
Semler dit simplement: «si vous voulez que les gens agissent comme des adultes, vous devez les traiter comme des adultes."
Les choses ne prennent pas plus de temps que dans le cadre traditionnel d’une société hiérarchiquement gérée. Semler l’expose dans son livre : Maverick: The Success Story Behind the World’s Most Unusual Workplace
"Dissidence et démocratie vont de pair. C'est aussi une bonne méthode de management. Ce que les dirigeants traditionnels ne comprennent pas est que les décisions découlant de débats sont mises en œuvre beaucoup plus rapidement, parce que les explications, les solutions alternatives, les objections ou incertitudes ont déjà été abordés. »
Un des principes sous-jacents du succès de Semco est l'idée que chaque entreprise doit être suffisamment petite pour que chaque travailleur puissent l’appréhender dans sa globalité. Si une business unit se développe et dépasse 150 personnes, Semco la divise alors en 2.
Un autre grand principe est la transparence et la confiance.
"La seule source du pouvoir dans une organisation est l'information. Vouloir la retenir, la filtrer ne sert que ceux qui veulent accumuler du pouvoir. » dit Semler.
Une fois par mois, Semco tient des réunions ouvertes à tous les employés de chaque unité, où toutes les questions sur l'entreprise sont examinées. La société propose également des cours pour aider les employés à mieux comprendre les rapports financiers, les bilans, les états de flux de trésorerie…
Qu'en est-il des bénéfices?
«Les profits sont évidement très important pour nous, et nous y sommes aussi intéréssé qu’un général peut l’être de l’approvisionnement de son armé. Sans approvisionnement, ses soldats peuvent mourir. Si une entreprise cesse de faire de l'argent, elle aussi va mourir. Mais les armées ne sont pas créées pour nourrir les soldats, tout comme les entreprises ne génèrent pas des revenus juste pour embaucher plus d'employés. Les soldats doivent avoir un but plus élevé que leur approvisionnement, une raison qui va les faire sortir de leur camp de base et charger l’ennemie dans la bataille… C’est là où profit et but se rejoignent. Et c’est malheureusement là que la majorité des organisations échouent » - Ricardo Semler, The Seven-Day Weekend: Changing the Way Work Works.
Près du quart des bénéfices de Semco vont aux salariés, mais ce n’est pas la société qui décide de comment le distribuer. Chaque trimestre, la contribution au bénéfice de chaque unité est calculée, et 23% des profits vont aux employés des unités, qui peuvent le distribuer comme ils le désirent. Jusqu'ici, ils ont toujours décidé de distribuer cet argent équitablement entre tous.
Les employés, qui sont particulièrement confiants, peuvent choisir de mettre jusqu'à 25% de leur salaire « en variable ». Si l'entreprise va bien, ils obtiennent un bonus élevant leur rémunération à 150% de la normale ; si l'entreprise va mal, ils n’ont que 75% de leur salaire.
Et cela fonctionne ? Semco est passé de 4 millions de dollars en 1980 à plus de 200 millions de dollars aujourd'hui.
Votre entreprise peut être podulaire ?
Bien que ces exemples, chaque entreprise ait fait différemment, Morning Star, Nordstrom, Rational et Semco ont tous trouvé le succès d’une organisation podulaire. Ce type d’organisation n’a pas de sens pour chaque situation, ou pour chaque division. Mais aucune entreprise ne peut se permettre d'ignorer ces efforts d'innovation. Pour assurer sa viabilité à long terme, chaque entreprise doit trouver un équilibre entre leur efficacité et les efforts d'innovation.
L'organisation podulaire est peut-être inhabituelle, mais ce n'est pas une théorie. C'est un fait ! Elle fonctionne dans différents secteurs, pour différentes tailles d’entreprises. Peut-elle fonctionner pour vous ? Vous ne pourrez le savoir que si vous êtes prêt à lui donner une chance.
Vous pourriez commencer par réorganiser une seule unité, comme une unité liée à l’innovation, ou un seul magasin, ou un seul site. Si vous observez un service de R&D ou une entreprises de web services, vous êtes susceptible de voir une forme d'organisation qui est plus podulaire que hiérarchique.
Les organisations podulaires doivent faire une certain nombres de choses de manière radicalement différente: d'abord, elles demandent une information transparente et lisible par tout le monde, deuxièmement, elles exigent des principes et une culture pour guider les décisions individuelles et donner une cohésion à la société dans son ensemble, troisièmement , elles ont besoin de personnes ouvertes, capables de s’évaluer et d’accepter l’évaluation des autres, et enfin, elles exigent des propriétaires et des managers capables de faire confiance aux salariés et aux équipes dans leurs décisions et leur gestion des « entreprises au sein de l’entreprise ».
Lorsque vous donnez aux gens une entreprise au sein de votre entreprise, vous alignez leurs incitations avec celles des propriétaires et de la direction. Chacun est propriétaire de l’entreprise, et tout le monde est un manager. Les récompenses sont réelles et tangibles. Long terme et court terme sont en équilibre.
Si vous voulez libérer l'innovation, vous rapprocher de vos clients, gérer la complexité, l’organisation podulaire mérite que vous vous y intéressiez.
Vous pouvez en apprendre plus sur les pods ici ou ici…
Traduction:

Articles liés / Related Articles